Maman de 3 enfants, notre invitée Mariama Ozturk est la fondatrice d’Ansariya Éducation, un organisme de formation qui a pour mission de former des leaders féminins à l’avant-garde du changement social en développant leur savoir et leur sagesse pour éduquer la nouvelle génération. Elle est également présidente de l’association « Les femmes de demain » qui accompagne les adolescentes musulmanes.  Mariama Ozturk répond ici aux questions de Youma Magazine et vous donne des conseils pour accompagner la prochaine génération.

  1. La confiance en soi se construit-elle dés la petite enfance ? Quelles sont les stratégies à adopter pour booster la confiance et l’épanouissement de son enfant ?

Il faut tout d’abord savoir de quoi on parle. La confiance en soi est devenu un terme un peu four-tout. Il est plus juste de parler d’estime de soi. L’estime de soi se compose de deux piliers : l’amour de soi et la fameuse confiance en soi.

L’amour de soi renvoi à l’amour qu’on a de soi-même, la manière dont on se voit et dont on pense que les autres nous voient, notre dialogue intérieur et les encouragements que l’on se fait. L’amour de soi joue donc sur l’image qu’on a  de nous.

La confiance en soi est la confiance en ses facultés, ses compétences ou sa capacité d’agir. La confiance en soi joue sur ce que l’on va entreprendre, réaliser.

Pour booster l’estime de soi et l’épanouissement de son enfant il faut tout d’abord déculpabiliser ! Les parents sont noyés sous une montagne de livres, de conseils, de pédagogies et de méthodes d’éducation. Parfois, on va jusqu’à changer sa manière d’être pour coller aux principes édictés. Cela peut créer des frustrations et un sentiment de culpabilité quand on à l’impression de mal faire. Il est important de prendre du recul.

Placez votre confiance en Allah, l’éducateur suprême. Si nos enfants nous ont été envoyés c’est que nous avons la capacité de les élever.

Ensuite, pour favoriser l’estime de soi de son enfant, il n’y a pas de secret, c’est comme tout, il faut lui montrer l’exemple. Croire en soi et en ses capacités est essentiel. Ce que vous voulez que votre enfant réalise, tentez de le faire vous même en premier lieu. Par exemple, votre enfant a un exposé et a peur de prendre la parole en public. Comment allez vous l’encourager si vous n’osez vous même pas parler devant les autres et que vous avez peur d’exprimer vos opinions ?

Enfin, pour que votre enfant se sente bien, il a aussi besoin d’être écouté et valorisé. Mettez en place des temps de parole en famille où chacun pourra s’exprimer librement et être consulté. Montrez lui que son avis compte réellement

  1. En tant que mère on a envie de préserver nos enfants quitte quelquefois à les surprotéger. N’est-il pas bon de les laisser faire leurs propres erreurs ?

Ça dépend du type d’erreur et de l’enseignement que l’enfant va en tirer. Lorsqu’il s’agit d’une erreur qui peut avoir des conséquences grave, il vaut mieux anticiper. Discuter avec son enfant en expliquant son point de vue quitte à faire intervenir un tiers (surtout à l’adolescence). 

S’il s’agit d’une erreur qui n’a pas de répercussions dramatiques et qui peut être profitable à l’enfant alors c’est envisageable. C’est aux parents de déterminer leurs limites et leurs valeurs pour savoir quand intervenir et quand laisser faire.

  1. Et comment les accompagner quand cela arrive ?

Ici la clé, c’est le mot « accompagner». Le parent doit accompagner son enfant pour qu’il comprenne les causes et les conséquences de son erreur mais aussi comment faire pour ne pas la reproduire.

  1. Religieusement parlant, comment trouver un équilibre entre inculquer nos valeurs à nos enfants et les laisser faire leur propre cheminement spirituel ?

Il est important de savoir que la religion se transmets dés l’enfance. Trop de parents attendent que leurs enfants soient des adolescents pour leur inculquer des valeurs. Les ados peuvent alors avoir l’impression qu’on leur impose des choses alors qu’ils ont besoin d’en comprendre le sens. 

Dés petits, on peut mettre l’amour de la religion dans le coeur des enfants. Pour cela, il faut éviter de séparer « la vie religieuse » de « la vie citoyenne ». La religion nous permet de mieux comprendre et de mieux vivre dans notre société. Plus on comprend sa religion, plus on est conscient du rôle que l’on a à jouer dans la société.

Donnez leur l’habitude de faire des invocations : L’invocation du réveil, quand on sort ou celle du miroir*. C’est aussi valable lorsqu’il veulent quelque chose ( jouet, activité…). Qu’ils obtiennent ou non ce qu’ils demandent, expliquez leur que c’est par la volonté d’Allah et qu’il peut y avoir un bien ou une épreuve dans le résultat obtenu. Idem, apprenez leur a donner un peu de nourriture ou quelques pièces aux personnes dans le besoin. Ceci afin de les faire prendre conscience des bienfaits dont ils disposent et d’en être reconnaissant.

Il faut que la religion ai du sens pour les enfants. Prenez le temps de leur expliquer les choses ou de faire des recherches quand vous ne savez pas. Accompagnez les dans la compréhension en vous mettant à leur niveau sans tout catégoriser en Halal et Haram – licite et illicite ou autorisé et interdit. 

  1. Comment « armer nos enfants face aux défis auxquels ils devront faire face ? Misogynie, islamophobie, racisme ?

Il faut leur apprendre à sortir des cases dans lesquelles on veut les enfermer. Leur expliquer que si l’autre ne m’accepte pas comme je suis ou qu’il m’attaque c’est parce qu’il a peur, qu’il est ignorant. Il est aussi important qu’il comprenne que comme tous citoyens, ils ont le droit à la justice. Il y a des lois et les insultes ou attaques à caractère raciste ou islamophobe ne sont pas tolérables.

Les inégalités existeront toujours, il ne faut pas s’arrêter dessus. Il faut s’arrêter aux possibilités car c’est elles qui nous permettront d’avancer. Il est important que nos enfants aient des modèles issus de leur communauté. Aujourd’hui de nombreux musulmans, hommes ou femmes, travaillent à leur compte ou au sein de grandes entreprises et associations. N’hésitez pas à amener vos enfants au contacts de ces personnes dans le cadre de salon, de forum des métiers ou dans votre entourage.

  1. A l’adolescence, la communication est un peu plus compliquée, quelles sont les clés pour éviter qu’un fossé ne se creuse entre notre ado et nous ?

Il faut garder à l’esprit que l’adolescent est pratiquement un adulte avec sa propre raison et sa manière de penser. La communication implique l’écoute. Si notre ado ne nous parle pas ou très peu, il faut essayer de comprendre pourquoi. C’est le rôle du parent de créer des ponts pour faciliter la communication. Il est primordial de ne pas juger son ado et de faire preuve de rahma- miséricorde – à son encontre. L’ado subit toutes sortes de pressions : les amis, les réseaux sociaux, les professeurs… alors il faut éviter d’en rajouter à la maison ! 

Vous pouvez faire appel à des tiers pour faciliter la communication : oncle, tante, ami(e)… Il est également bon d’avoir quelques connaissances sur la psychologie de l’adolescent. Des structures types « maison de l’adolescent » peuvent vous aider. Je vous conseille également l’excellent ouvrage Adolescents musulmans, guide pratique aux parents de Dr Ekram et Dr Rida Beshir.

La prochaine formation proposée par Ansariya Éducation sera à destination des « mumpreneurs ». L’objectif est d’accompagner les mères qui sont ou souhaitent devenir entrepreneuses. Cet accompagnement de 6 mois vise à mettre en place un plan d’action professionnel, personnel et familial pour concilier activité et vie de famille. Pour plus d’infos, cliquez ici . 

 

 

* Invocation du réveil

Al-Boukhariyy a rapporté que le Prophète salla l-Lahou alayhi wa sallam disait lors du réveil :

الحَمْدُللهِ الذِي أَحْيَانَا بَعْدَ مَا أَمَاتَنَا وَ إِلَيْهِ النُّشُور

(al-hamdou li l-Lahi l-ladhi ‘ahyana ba^da ma ‘amatana wa ‘ilayhi n-nouchour)

ce  qui signifie : « La louange est à Allah Qui nous a maintenu en vie après nous avoir accordé le sommeilet c’est pour Son jugement que nous serons ressuscités au Jour Dernier ».

 

* Invocation lorsqu’on sort de chez soi

بِسْمِ الله ، تَوَكَّلْتُ عَلَى الله ، وَلا حَوْلَ وَلا قُوَّةَ إلا بِالله

(bismi l-Lah tawakkaltou ^ala l-Lah wa la hawla wa la qouwwata ‘il-la bi l-Lah)

ce qui signifie : « Je commence par le nom de Allah, je me fie à Allah. Il n’est de préservation [- contre la désobéissance à Allah que par la préservation de Allah -] et il n’est de force [- pour l’obéissance à Allah –] que par [- l’aide de -] Allah ».

 

* Invocation du miroir

Lorsqu’on regarde dans un miroir, il est recommandé de dire :

الحَمْدُ لله اللَّهمَّ كما حَسَّنْتَ خَلْقِي فَحَسِّنْ خُلُقِي

(al-hamdou li l-Lah Allahoumma kama hassanta khalqi fahassin khoulouqi)

ce qui signifie : “La louange est à Allah. Ô Allah, tout comme tu m’as accordé un bel aspect, fais que mon comportement soit bon“.